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Depuis quelques semaines un petit nouveau à fait son arrivé à la fonderie. Glané sur le bon coin, ce magnifique tour horloger s’est installé à l’atelier.

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La plaque signalétique porte le nom de « Venot Frères & Cie » après quelques recherches il s’avère que cet établissement de la rue du Temple (Paris) a été absorbé par les établissements Fisseau & Cochot. Selon ce catalogue de 1925 le tour est en fait une production de la firme allemande Wolf, Jahn & Co basée à Francfort.

Tour fisseau

Extrait du catalogue Fisseau et Cochot de 1925

Contrairement à cette description, le tour est monté sur un piétement en fonte. L’entraînoir à toc est remplacé par un mandrin concentrique, plus pratique et surtout moins dangereux. Il y a aussi la possibilité d’utiliser des pinces mais la série est loin d’être complète. J’ai par contre bien récupéré la série de pignons servant à régler la vitesse d’avance du chariot pour réaliser différents filetages. Bien que certains ai été un peu rongés par la corrosion, pas un ne manque. Il ne s’agit donc pas là d’une boite de vitesse comme sur les tours modernes mais d’un jeux d’engrenages qu’il faut changer à la main, dont il faut calculer la raison sur un coin de table, pour chaque vitesse désirée.

Il manque quelques pointes, et la lunette à suivre; la lunette fixe la poupée mobile et le support à main mobile sont bien là avec en prime une poupée mobile supplémentaire équipée d’un levier pour les perçages.

Un catalogue constructeur de 1903 nous montre que la commande initiale de ce tour était à pédale !

Tour Wolf Jahn

Extrait du catalogue Wolf Jahn & Co de 1903

Acheté sans système de commande, je lui ai installé un moteur triphasé de 1 cheval avec sa poulie triple, de récup. En volée (prise directe du moteur sur la broche) la gamme de 9 vitesses s’étend de 400 à 1000 tr/min. Le harnais permet une démultiplication par 7 ce qui donne une gamme de 60 à 150 tr/min. Ce système n’est donc pas parfait pour l’instant car il y a un trou entre les gammes et un manque dans les hautes vitesses.

Le porte outil n’est pas une tourelle à levier comme on les connait mais un système de bride rotulée ultra sommaire. Il n’y a qu’une vis mère (au pas de 4 mm), pas de barre de chariotage. Pas très pratique pour charioter et dresser en avance auto. Enfin, dernière particularité de ce tour, la broche est montée sur la poupée fixe par un système de deux paliers coniques et d’une butée à bille. Ceci nécessite un réglage minutieux et un graissage continu du système. Pas très pratique tout ça me direz vous, certes…

Mais quand on voit les premiers copeaux fuser de ce bijoux centenaire, robuste, toujours précis et simplement beau, on se dit que ça en vaut bien la peine.

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Train d’engrenage monté sur tête de cheval

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Eratum : depuis la première publication j’ai été contacté par Jean-Luc. Passionné lui aussi par cette belle mécanique, il a restauré une version du LL à pédale. Merci à lui pour ses infos et conseils.

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Addendum:

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Démontage de la poupée fixe

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Deuxième volet de cette histoire. La restauration des espagnolettes continue, en bronze, avec un modèle plus propre et plus précis, mettant en relief les détails de la couronne de marquis qui orne la poignée. 

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Les ingénieurs Matériaux ne le répètent jamais assez : 80% des ruptures d’un matériau en service sont dues à la fatigue. La fatigue c’est quoi ? C’est lorsque qu’une pièce est soumise à une sollicitation périodique et inférieure à sa contrainte maximale admissible. Pour faire simple : tirez une fois sur la poignée, elle tient le coup, tirez 10000 fois…   Cette pauvre espagnolette en a fait les frais :

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espagnolette dans sa fausse partie en sable – la partie cassée est en haut

Je commence à l’aide d’argile par reconstituer la forme de la partie cassée, directement sur la pièce:
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Sur les prises de vue suivantes la réparation n’est pas présente, il s’agit en fait de différents moulages, pour celui-ci, j’ai directement taillé dans le sable l’empreinte de la partie à reconstituer. Les deux techniques se valent.

On attaque la partie moulage à proprement parler. La géométrie de la pièce nécessite une fausse partie car le plan de joint est gauche. De plus la pièce ne démoule pas, j’utilise donc un noyau de paroi, aussi nommé « motte battue »
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Je moule ensuite ce qui deviendra le dessous.Crémone2

A gauche la fausse partie – à droite le dessous avec le modèle et le noyau

Il ne reste plus qu’à mouler le dessus, et remmouler la motte battue dans le dessous. On taille le système de coulée et après c’est un peu toujours la même histoire.Crémone4

La pièce originale, issue d’un château de marquis (d’où la couronne) du XVIIIème, était en fonte. Pour le proto, je coule la pièce en AlSi7Mg03, un alliage d’aluminium qui atteint de bonnes propriétés mécaniques après traitement thermique. Crémone5
Il ne reste plus qu’à usiner l’alésage dans la partie restaurée. La suite? L’achat d’un creuset en SiC (carbure de silicium) devrait me permettre de couler de la fonte, si toutefois le four monte assez haut en température… suspens. En attendant, l’usage montrera si l’alliage d’aluminium tient la route.